QUAND LA CHINE S’ÉVEILLERA …

… LE KARAOKÉ CHANTERA

Ce fut le titre à succès d’un ouvrage de référence d’un ministre gaulliste plutôt inspiré qui, avec René Rémond et JJSS (Jean jacques Servan Schreiber pour les amnésiques) a nourri mes conversations d’étudiant… Il n’y était pourtant pas encore question de Karaokés animant les nuits furieuses des ports d’Afrique.

Les faits sont simples, la rumeur grassement entretenue et l’anecdote véridique.

A Lomé, Cotonou et ailleurs encore, il y a eu en 2008, une saison florissante de Karaokés…en trois mois, trois ou quatre villas, repeintes de blanc d’Espagne tout frais, illuminées a giorno, au fond de rues dormantes, ont affiché des enseignes rutilantes, gardée par des vigiles célestes à coup sûr champions de Kung Fu et muets comme des carpes.

L’oisiveté et la curiosité ont vite allumé une rumeur incendiaire. Les nouveaux karaokés chinois étaient tout à fait fréquentables et exotiques à souhait.

Un ancien garde rouge, c’était évident, gardait la porte. Une fois franchie, le visiteur faisait la convoitise d’un bonne demie douzaine de paires d’yeux gourmands.

Un taulier adepte du sourire-courbette laissait vite la place à une « tenancière » formée sinon à Pigalle, au moins à Shanghai ou Macao. Mûre et déterminée.

Sa conversation assez restreinte avait le mérite de la clarté : « kesstuboi », répété à l’envie pour s’assurer de la bonne compréhension de son message de bienvenue. Une grande télévision diffusait la version pékinoise d’Interville suivie avec addiction par trois ou quatre timides jeunes filles, fausses filles au pair en goguette.

La mère maquerelle, toute dévouée à son tiroir caisse, revenait alors à la charge avec une salve de « kesstuboi » joignant le geste à la parole, en vous collant sous le nez un menu plastifié dont la lecture était un morceau choisi de la littérature de voyage des éclaireurs de la Chine à la conquête du continent.

Ma discrétion légendaire m’interdit de dévoiler aucun indice ni l’identité de malheureux clients, assoiffés, à la pépie irrésistible, cédant au « kesstuboi ». Je ne rapporterai bien sûr aucun commentaire sur les performances furtives des jeunes filles au pair.

Très vite un front de la pudeur s’est formé… « Mais que fait la police ? » qui passe pourtant tous les soirs ? je m’en ouvrai un lundi matin à mon honorable correspondant Ministre Conseiller au « Château » et le Président ne tarda pas à poser les vraies questions : le menu qui illustre ce propos en est la preuve et sa lecture déclencha l’hilarité sidérée de mon « Président ».

Dans la semaine, quelques fermetures administratives ont pondéré l’ardeur des aventuriers. Un restaurateur, « chinois » bien sûr, fut même appréhendé à la frontière d’Aflao avec le Ghana, à un kilomètre au volant d’un minibus qui ramenait une jolie poignée de jeunes filles au pair.

Deux mandats ont passé, deux karaokés ont survécu et les jeunes chinoises font leurs courses chez l’incontournable Azar, une ombrelle à la main pour garder leur teint de porcelaine… 

« On » dit que leur séjour de volontaires pour l’Afrique leur vaut une amnistie pour leurs peines de droit commun, au retour…

Togo - Karaoké - Menu
Togo – Karaoké – Menu certifie véritable

Une dernière précision : ce menu m’a été offert pour mon anniversaire par de jeunes collaborateurs qui croyaient que j’affabulais…Ils ont intrigué pour extraire ce menu du bar où ils étaient aller chanter pour moi un refrain favori « Come prima… tu me donnes tant de joies » !

M.A.